“Violation manifeste”
Jeudi 31 juillet2008L´AFNIC a récemment mis en ligne le règlement de la nouvelle procédure relative aux conflits en matière de noms de domaine. Sobrement intitulée « procédure de résolution des cas de violation manifeste des dispositions du décret du 6 février 2007 », cette procédure n´est pas destinée à se substituer aux procédures déjà existantes, telles que la PARL.
Bien que limité (aux violations manifestes, comme l´indique l´intitulé), l´intérêt de la procédure est réel, notamment pour les titulaires de marque.
Le règlement complet est téléchargeable sur le site de l´AFNIC. Il doit être interprété au regard de la présentation générale faite par l´AFNIC (notamment sur la notion d´erreur manifeste), et bien entendu du Décret du 6 février 2007 et de sa transposition dans le Code des Postes et des communications électroniques (article R20-44-34 à R20-44-51).
Qui peut initier une telle procédure ?
Le titulaire de droits tel que défini aux articles R 20-44-43 à 46 du Code des Postes et des communications électroniques peut déposer une requête.
Sont notamment concernés (article R20-44-45 et R20-44-46), les titulaires de droit de propriété intellectuelle, donc les titulaires de marques et les auteurs. Un titulaire de nom de domaine ne devrait pas être considéré comme titulaire d´un droit de propriété intellectuelle au regard de ces articles.
Quels noms de domaine cette procédure vise-t-elle ?
Cette procédure s´applique à tous les noms de domaine en .fr, y compris les noms de deuxième niveau tels que : .asso.fr, .com.fr? enregistrés ou renouvelés à partir du 22 juillet 2008, date d´ouverture de la procédure au public.
Et constituant une violation manifeste des droits concernés.
L´AFNIC donne des indications permettant de circonscrire la notion de « violation manifeste » (cf. présentation générale. Cette liste n´est bien entendu pas limitative et mentionne notamment :
les cas où l’enregistrement du nom de domaine :
reproduit à l’identique ou quasi-identique une marque, associé ou non à un détournement de préfixe tel que “www” sans que le titulaire dispose d’un droit ou d’un intérêt légitime et sans qu’il agisse de bonne foi (Typosquatting, Dotsquatting) ;
Bien qu´elle ait encadré la notion en amont, il faudra attendre les premières décisions de l´AFNIC (ces décisions seront en effet publiées) pour avoir une idée plus précise de la définition de la « violation manifeste » des droits de marque (ou autres droits de propriété intellectuelle). Aucune décision n´a encore été rendue à ce jour mais on peut légitimement penser que :
- si la marque correspond à un terme particulièrement original, il est facile de déceler un abus lors de l´enregistrement d´un nom de domaine. Par exemple, les enregistrements reproduisant ou imitant BALENCIAGA, laissent peu de doutes quant à la mauvaise foi de leur titulaire. Au contraire, si la marque consiste en un terme courant (bien que distinctif, là n´est pas la question), il devient très difficile de déceler l´abus lors de l´enregistrement
- les cas de typosquatting ou dotsquatting ne soulèveront aucune difficulté
Le typosquatting se fonde sur les erreurs typographiques des utilisateurs du web : Concrètement, il s’agit d’enregistrer tous les domaines dont l’orthographe est proche de celle d’un domaine connu afin que l’utilisateur faisant une faute d’orthographe involontaire, soit dirigé vers le site du typosquatteur. Voir par exemple sur le typosquatting le récent article de Philippe Rodhain sur LegalBizNext
Le dotsquatting consiste à déposer les domaines correspondant à des marques précédé par www afin de capter le trafic provenant d’internautes oubliant le point entre les www et le nom de domaine. Ex. : wwwiptwins.com serait un « dotsquatting ».
- le moindre doute quant à l´évidence de la violation devrait conduire l´AFNIC à rejeter la demande (la violation ne serait en effet pas manifeste
Comment se déroule la procédure ?
Sauf cas exceptionnel, les communications ont lieu par voie électronique et en français exclusivement
Dépôt du dossier et règlement des frais de procédure (250 Euros H.T.)
Examen de la recevabilité de la requête :
Absence de procédure judiciaire ou extrajudiciaire concernant le nom de domaine
Formulaire rempli ?
Règlement des frais de procédure ?
Il est possible de régulariser un dossier dans un délai de 7 jours à compter de la notification de l´irrégularité.
gel du nom de domaine : toute modification relative au nom de domaine devient impossible. Cette opération n’altère pas le fonctionnement du nom de domaine (accès au site, adresses électronique?)
l´ouverture de la procédure est notifiée au requérant et au titulaire du nom de domaine
Le titulaire du nom de domaine à qui la requête a été transmise a un délai de 15 jours pour répondre. L´extension du délai n´est pas prévue.
L´AFNIC rend une décision dans un délai de 15 jours à compter de l´expiration du délai de réponse (soit un mois après ouverture de la procédure).
Combien coûte cette procédure ?
Les frais de procédure sont de 250 ? ht., auxquels il faut ajouter les éventuels frais de rédaction de la plainte par un tiers (Conseil, Avocat, prestataire nom de domaine?).
Si le requérant souhaite contester plusieurs noms de domaine appartenant à un même titulaire, il doit déposer une plainte par nom de domaine.
Quelle décision ?
L´objet de ces plaintes est d´obtenir la suppression, la transmission ou le blocage du nom de domaine.
Le blocage du nom de domaine consiste à rendre le nom de domaine inopérationnel pendant un délai de 30 jours avant sa suppression définitive. L´intérêt de cette mesure est limité et nous recommanderons plutôt de demander la transmission du nom, voire sa suppression (mais dans ce cas le nom de domaine redevient disponible et peut être enregistré par un tiers).
La décision de l´AFNIC , est exécutée 15 jours après sa notification aux Parties. Cette exécution sera suspendue (et le nom de domaine reste gelé) si une procédure judiciaire ou une PARL est engagée et ce jusqu´à information de l´AFNIC que la procédure n´a plus lieu d´être ou qu´une procédure a été rendue.
L´AFNIC a mis en place cette procédure, plus pour se mettre en conformité avec le Décret du 6 février 2007 que pour donner aux titulaires de droits de propriété intellectuelle, une nouvelle voie de règlement des conflits en matière de noms de domaine. Le décret impose en effet à l´Autorité de Gestion des noms de domaine en .fr de lutter contre certains enregistrements effectués en violation des droits des tiers.
L´AFNIC ne devrait pas se risquer à des décisions de suppression ou de transmission dans des cas à la marge, seules les violations manifestes étant sanctionnées.
Pour autant la procédure, plus rapide et moins couteuse qu´une PARL est avantageuse dans les cas évidents de violation (manifestes!): typosquatting, atteintes à une marque notoire ou constituée d´un terme particulièrement original et ne correspondant à aucun mot connu du langage.
Jean-Baptiste Sirand
Petite bibliographie :
- Cédric Manara (bien évidemment) :
- sur Domain Name / Nom de Domaine ! en date du 2 et du 24 juillet, avec d´autres posts connexes concernant le décret du 6 février 2007
- sur DomainesInfo ici




