Archive pour février 2010

Le .RU est pavé de bonnes intentions.

Lundi 22 février2010

C’est une étrange tendance à laquelle nous assistions en ce moment :

Certains Etats, qui protégeaient leurs noms de domaine ouvrent tout à coup les enregistrements à tout un chacun, alors que d’autres qui jusqu’à présent laissaient n’importe quel individu enregistrer un nom de domaine sous l’extension nationale se referment et vont jusqu’à demander des comptes aux titulaires actuels de noms de domaine.

C’est ce qui vient de se passer pour l’extension .RU de Russie : La semaine dernière, l’organisme gestionnaire du .RU a communiqué à tous les bureaux d’enregistrement accrédités une directive les informant qu’à compter du 1er avril, il sera nécessaire de fournir un justificatif d’identité pour enregistrer un nom de domaine sous .RU.
Pire : cette mesure étant rétroactive, les titulaires de 2,6 millions de noms de domaine déjà enregistrés sous le .RU vont devoir fournir des documents justificatifs de leur identité d’ici le 1er avril.

Nous imaginons que, à l’instar du registre chinois, le registre va devoir augmenter ses effectifs, juste pour vérifier l’authenticité des documents qui lui seront communiqués. (le registre chinois à embauché 600 personnes pour faire face à l’afflux subit de documents à vérifier).
La justification de ce durcissement est le même que celle donnée par le registre chinois : lutter contre le piratage et la pornographie sur internet.

censure-russe1

(c) http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Grech_old_russian_censorship.jpg

L’image ci-dessus est un exemple de la censure impériale russe sur les livres édités en Russie. Livre : ” Записки моей жизни Н.И. Греча” (Autobiographie de N.I Grech), publié à St. Petersburg en 1886 par A.S. Suvorin. Le texte censuré a été remplacé par des points.

Nous devons avouer que ce justificatif nous semble quelque peu fallacieux.

En effet, un nom de domaine n’est qu’une redirection. Ce n’est pas parce que cette redirection disparait que le contenu disparait.  En d’autres termes, ce n’est pas en supprimant l’adresse « www.filmspirates.ru » que les films disparaîtront. Ce n’est qu’un des, probablement multiples, chemins d’accès vers ces films qui va être coupé.

Une autre raison pourrait peut être justifier ce besoin presque obsessionnel de connaitre l’identité des titulaires des noms de domaine, de briser l’anonymat qui règne sur Internet.
Il est, en effet, intéressant de constater que la politique d’enregistrement d’un nom de domaine, surtout son durcissement soudain, est un bon indicateur du niveau de méfiance des dirigeants d’un pays vis-à-vis d’Internet, et surtout de la liberté d’expression dont bénéficient les utilisateurs de ce nouveau média.

Demander à connaitre l’identité des titulaires de noms de domaine est un moyen de pression facile à mettre en place, beaucoup plus facile que de retrouver l’identité de la personne titulaire du site internet, qui, lui, peut être hébergé à l’autre bout du monde.
Cela s’inscrit, semble t il dans une politique générale de tentative de contrôle des nouveaux médias, lesquels étant plus éclatés, sont plus difficiles à censurer par les régimes n’aimant pas voir leurs citoyens dire publiquement ce qu’ils pensent.
C’est ainsi que les accès vers des sites grand publics permettant une diffusion rapide de l’information (Twitter, Youtube, Facebook, Google) est filtré dans encore trop de pays (par exemple en Chine, ou, plus près de nous, en Turquie).
Evidemment, cet indicateur n’est pas toujours juste. Ainsi, il est aussi simple d’enregistrer un nom de domaine en Malaisie qu’en Allemagne (même si cela coute plus cher).
Il est aussi intéressant de constater que le contrôle accru sur les noms de domaine est effectif lorsque l’organisme gestionnaire est un institut lié à l’Etat. Comme c’est le cas en Russie ou en Chine.

Lorsque la gestion des noms de domaine est confiée à une société complètement privée, souvent de droit californien, comme c’est le cas pour le .CO ou le .CM, l’enregistrement de noms de domaine devient subitement très simple et n’est plus contrôlé.
Avec tous les abus que cela suppose, évidemment (le .CM a récemment été désigné comme « extension la plus dangereuse » par le géant des logiciels AntiVirus, McAfee). Mais cette insécurité n’est elle pas que la rançon du succès : les utilisateurs mal intentionnés se sachant anonymes ? N’est ce pas le prix à payer pour garantir une liberté d’expression totale ? Ce prix est il trop élevé ?

Loin de nous l’idée d’apporter une réponse à ce débat qui anime les sociétés depuis l’invention de l’imprimerie, mais nous ne pouvons nous empêcher de constater que lorsqu’un pays ferme ou durci brutalement les règles d’enregistrement denoms de domaine sous son extension nationale, ce n’est jamais bon signe pour les libertés individuelles des citoyens de ce pays.

Adrien Palumbo

Buster’s World, is it a me(eeee)n’s world?

Mardi 16 février2010

Ce qui est en tout cas sûr, c’est qu’il ne s’agit pas d’un monde pour les enfants!

Souvenez-vous, de vos cours d’éducation civique, des journées d’initiation à la sécurité routière, de l’apprentissage de la méfiance « si un monsieur te propose une sucette, tu dois dire NON !… », souvenez-vous…

Eh bien, les moyens de communication actuels ont, au mieux conféré un charme suranné à l’éducation de notre enfance, et l’ont au pire rendu complètement obsolète.

Ludique, pédagogique, complet, Buster’s World est l’environnement virtuel mis en place par le Gouvernement britannique dans le but de sensibiliser les enfants à la vie civique et également aux dangers de la vie quotidienne. Votre chère tête blonde est accompagnée par un gentil chien avec une étoile de shérif dans les méandres du monde de Buster. Essayez à l’adresse suivante, le site est extrêmement bien fait.

buster

Jusqu’ici pas de problèmes, mais admettons que votre enfant ne connaisse pas l’adresse exacte du monde de Buster, il va bien évidemment la chercher sur Google. Or, si vous effectuez une recherche portant sur BUSTER + WORLD dans le moteur de recherche, non seulement vous tombez sur des liens très différents (films, blogs,…) mais encore le site le mieux référencé est un site pour adultes, gays et fétichistes :
Bustersworld is an adult content website dealing with male pornography and fetish content. Access is granted by agreeing to the following terms: ...”

Sans nul doute, aucun parent n’aimerait voir son enfant visiter un tel site (qu’il soit gay ou pas, fétichiste ou pas).

Ironie de l’histoire, ce sont les mêmes moyens de communication contemporains que le gouvernement anglais a voulu utiliser qui ont attiré leur attention sur cette  histoire : d’abord Twitter puis un Blogger. La réponse du gouvernement est la suivante :

Thanks for bringing this to our attention; we have acted urgently to sort this out. Here is our statement:
“The naming of this webpage was clearly a mistake and we regret that the supplier’s usual thorough checking procedures when creating web content seem to have failed. When this was brought to our attention we urgently took the site down, pending a rename, to avoid any further issues.
“The name concerned was new and had not yet been promoted widely to young people.
“The safety of children on the internet is of paramount importance and we will be looking at the procedures of our suppliers to ensure this does not happen again”

Cette histoire illustre, si besoin, la nécessité d’effectuer lors du lancement d’une nouvelle dénomination une recherche de disponibilité, non seulement parmi les marques mais également parmi les noms de domaine.

En l’espèce, une simple recherche de noms de domaine - à l’identique-  aurait évité au gouvernement britannique de nombreux désagréments :

1- D’abord, ils eurent à prendre en urgence des mesures pour éviter que des enfants atterrissent malgré eux dans l’autre monde de Buster : suspension du site, changement d’URL, remise en ligne,
2-    Ensuite, ils doivent trouver un nouveau nom, communiquer sous ce nouveau nom (et faire oublier l’autre) et effectuer tous les changements correspondants sur le site (à ce jour le brave toutou s’appelle toujours Buster)
3- Egalement, ils vont devoir engager de nouvelles dépenses pour toutes ces opérations.
4- Enfin, ils sont quand même assez ridicules

Et dire qu’une simple recherche (gratuite) sur l’Identitool (disponible en anglais) d’IP Twins leur aurait évité tous ces désagréments…

Source

Jean-Baptiste Sirand

.jeux demain, jeux de vilains?

Vendredi 12 février2010

Un nouveau concurrent viens d’entrer dans la course aux nouveaux gTLD, pour lesquels, rappelons le, nous ne savons toujours pas quand il sera possible de candidater, ni même sous quelles conditions…

Toujours est-il qu’une nouvelle société (Dot Vegas Inc.) vient d’afficher la couleur, en annonçant fièrement que les pourparlers avec la ville de Las Vegas étaient terminés et avaient débouchés sur un accord concernant l’utilisation du .VEGAS.

poker1

http://duggerzzz.files.wordpress.com

Cette société espère faire de cette extension une véritable machine à sous. En effet, celle-ci annonce 500 000 noms enregistrés sur les 5 premières années de fonctionnement du .VEGAS.  Espérons pour ceux qui parient sur l’explosion de nouveaux gTLD, que ça n’est pas du bluff destiné à permettre à Dot Vegas Inc de tirer son épingle du jeu. Dans le cadre du contrat que la société se propose de passer avec la ville, elle estime que les reversements pour cette dernière pourraient aller jusqu’à $375 000 par an. Une vraie martingale !

Un autre candidat à la gestion du .VEGAS (la société Vegas.com), malheureux de s’être fait damer le pion refuse de se tenir à carreau et considère que les dés étaient pipés lors des discussions.  Aussi, consciente de jouer gros et refusant de voir un concurrent devenir plein aux as sans se battre, cette société à porté  le conflit devant la cour de  justice du Nevada en lui demandant de démasquer le faux jeton.

Quelle que soit l’issue de ce conflit, l’extension .Vegas a certainement de beaux jours devant elle  puisque rien qu’en Europe, Le cabinet spécialisé Global Betting & Gaming Consultants (GBGC) estime que « en Europe, les jeux en ligne, aussi bien légaux qu’illégaux, ont généré un produit brut de 5,6 milliards d’euros en 2008 ».

Le .Vegas, un pari peu risqué ?

Adrien Palumbo

No prescription

Lundi 8 février2010
i-cant-wait

www.artghost.com/cards/valium.htm

Le 18 janvier 2010 a été rendue une décision UDRP tout à fait osée, donnant de nouvelles limites à la portée des droits d’un titulaire de marques.

Laissez nous vous raconter une histoire…

Il était une fois, en 1963, un laboratoire pharmaceutique… Celui-ci, un peu sorcier, mit eu point une pillule qui allait changer la vie de nombreuses personnes à travers le monde : le Valium. Cette pillule connut un succès immédiat et durable. Sa formule magique perdure à travers les décennies et fait l’objet de nombreuses convoitises…

C’est ainsi qu’en octobre 2009, un vilain troll décida de réserver le nom de domaine [valiumnoprescription.biz] au nez et à la barbe du magicien F. Hoffmann Laroche dans le but de vendre la pillule tant désirée sur la Toile sans passer par la case Prescription…

Le magicien ne craignait pas ce genre de parasites, il avait l’habitude de les repérer et de les combattre… Fort de ses nombreuses victoires passées, le magicien prit son UDR(é)P(ée) et partit pourfendre le vilain.

Evoquant tour à tour ses sorts les plus solides (renommée mondiale et ancienne de la marque Valium, absence totale de droits du vilain sur cette marque, risque de confusion pour les utilisateurs et mauvaise foi du parasite), le magicien entreprit de défendre ses droits sur la marque Valium.  Après tout, ces sorts lui avaient bien permis de récupérer les noms [valiumnoprescription.net], [valiumnoprescription.com] et [valiumnoprescription.org]…

Las, le destin en décida autrement… Le grand mage Panel chargé de trancher le litige opta pour une position assez éloignée de la ligne directrice des précédentes affaires semblables. Mage Panel reconnut que le nom [valiumnoprescription.biz] était suffisamment similaire à la marque Valium pour créer une confusion chez les utilisateurs. Il valida également le fait que le troll n’avait pas prouvé qu’il ait eu des droits ou un intérêt légitime à utiliser la marque Valium sans l’autorisation de son titulaire. Il précisa même que le seul fait de proposer effectivement du Valium sur un site de pharmacie en-ligne ne pouvait suffire à définir un intérêt légitime sur cette marque, étant donné la nature illicite des pharmacies en ligne.

Toutefois, le mage Panel considère que la mauvaise foi du troll n’était pas caractérisée, après tout il ne fait que proposer la pilule Valium sur Internet, sans ordonnance. Le mage Panel estime qu’il n’a pas à outrepasser les règles UDRP et à interdire ce type de commerce. En l’espèce, il n’y a pas là un usage contrefacteur ou abusif de la marque Valium. Par ailleurs, il met son armure protectrice “je ne suis pas tenu par les décisions passées de mes confrères, chaque cas est unique“.

Le magicien Hoffman Laroche connut ainsi son premier échec. Le troll quant à lui, comme tous les trolls, retourna à son anonymat et cessa l’exploitation litigieuse du nom concerné…

Cette décision soulève quelques questions:

  • en l’espèce,  le titulaire aurait il du introduire plutôt une action en contrefaçon, concurrence déloyale, devant les tribunaux?
  • doit on laisser des noms de domaine incitant les internautes à acheter des médicaments sans suivi médical?
  • Il n’y a plus de site exploité sous le nom litigieux, aussi ne pouvons nous nous prononcer sur la licéité de l’activité proposée par le titulaire du nom. Néanmoins, revient-il au Panel de décider seul de la bonne foi du titulaire qui commercialise des produits aussi techniques et potentiellement dangereux que des médicaments?
  • Etant donné le phénomène croissant de la contrefaçon des médicaments sur Internet, ne faudrait il pas préconiser aux panélistes d’être particulièrement vigilants en matière de pharmacies en ligne?
  • Par le passé, Hoffman Laroche a pu récupérer des noms de domaine composé de la marque Valium et dirigeant vers de simples pages de pay-per-click car il est acquis désormais qu’un tel usage est constitutif de mauvaise foi. Dans le cas présent, alors qu’il y a un véritable enjeu de santé publique, le plaignant a vu sa demande de transfert rejetée.

Toutefois, il sera intéressant de garder un oeil sur le troll : celui-ci est également titulaire du nom [xanaxnoprescription.biz](entre autres!), sous lequel il propose à la vente du Xanax et des produits concurrents (notamment.. du Valium). A voir si le titulaire de la marque XANAX (Pharmacia & Upjohn) va intenter une UDRP et quelle sera la décision du Panel…

Il n’y a ainsi pas de morale à cette histoire, si ce n’est que rien est acquis en matière d’UDRP.

Laëtitia Canezza