Le 12 janvier dernier, le moteur de recherche utilisé par plus de 60% des internautes chinois, Baidu, a été piraté. Ainsi, pendant quelques heures, le nom de domaine baidu.com ne pointait plus vers le serveur de la société chinoise (adresse IP 220.181.6.81 ), mais vers un serveur iranien (adresse IP 188.95.49.6), une opération de reverse DNS nous montre que ce serveur héberge également de nombreux sites proposant des logiciels et autres produits culturels contrefaits.
Ainsi, pendant quelques heures, tout internaute se connectant au site www.baidu.com ne voyait plus la page d’accueil habituelle, mais la page ci-dessous :

Vue du site Baidu.com lors de l'attaque
Comment cette « Iranian Cyber Army », déjà célèbre pour avoir fait subir le même sort à twitter.com le mois dernier, s’y est-elle prise ?
En utilisant une méthode connue sous le nom de DNS hijacking (détournement de DNS), laquelle comporte l’immense avantage de ne pas nécessiter beaucoup de connaissances en informatique ou de matériel perfectionné.
En effet ce type d’attaque utilise la faille que comporte tout système informatique, aussi sécurisé et perfectionné soit il : le facteur humain.
Les pirates ont, en fait, envoyé un email qui paraissait légitime à un employé de Baidu de la part de ce qui paraissait être leur registrar afin de récupérer les identifiants et mots de passe de l’interface de gestion des noms de domaines de Baidu chez ce registrar (REGISTER.COM).
Une fois en possession de ceux-ci, les pirates ont tout simplement modifié les serveurs DNS utilisés par ce nom de domaine afin de mettre les leurs (hébergés par Yahoo) à la place, comme le montre les captures d’écran ci-dessous :

Whois de baidu.com le jour de l'attaque (à gauche). Et Whois actuel (à droite).
L’attaque est invisible et indolore, du moins le temps de la propagation des DNS. Ce qui explique que ni Baidu, ni Register.com n’aient réagi à temps. Le seul moyen de s’en apercevoir, aurai été que le bureau d’enregistrement, Register.com, mette en place un contrôle systématique de toute modification apportée au nom de domaine Baidu.com.
Un autre avantage (ou inconvénient selon le point de vue) de ce type d’attaque, est que même lorsqu’il est mis fin au DNS hijacking, de nombreux utilisateurs continuent d’en souffrir pendant quelques heures, le temps que la propagation des nouvelles zone files se fasse.
Suite à cette attaque, le Chief Technology Officer, numéro deux dans l’organigramme de Baidu, ainsi que le Chief Operating Officer ont tout deux démissionnés pour « raisons personnelles ».
Aujourd’hui, Baidu a décidé de porter l’affaire devant les tribunaux américains, accusant la société REGISTER.COM de négligence impardonnable. En effet, selon Baidu, REGISTER.COM aurait du mettre en place des mesures de sécurités afin d’empêcher que ce type d’attaque ai lieu. A noter que dorénavant, ces mesures ont été prises. Le whois actuel affichant le status « server update prohibited ».
Se pose alors la question de la responsabilité, que devront trancher les tribunaux américains : dans quelle mesure un bureau d’enregistrement (registrar), est il responsable de la gestion des noms de domaines ? N’est-il que le mandataire, à la manière d’un bureau d’enregistrement de marque, du titulaire du nom de domaine ? Ou bien est il considéré comme un hébergeur, et doit, à se titre, garantir la pérennité et la sécurité des services qu’il propose ? Ce sera à la Cour Fédérale de l’état de New York de trancher cette question. Soyez assurés que la décision, quel qu’elle soit, trouvera quelques échos en ces lieux. Mais si les juges New-Yorkais tranchent en faveur de Baidu, cela obligerait surement tous les registrars américains à mettre en place de, couteuses, procédures de contrôle. Coût qui sera alors probablement répercuté sur le coût des noms de domaines.
Quoi qu’il en soit, une leçon est à tirer de cette mésaventure : Il est en effet édifiant de voir à quel point une multinationale spécialisée dans le secteur des nouvelles technologies est vulnérable. En fait, au jour d’aujourd’hui, l’immense majorité des sociétés de premier plan sont vulnérables à ce genre d’attaque. Et si aujourd’hui les pirates, se contentent de rediriger le trafic des domaines ainsi détournés vers une page célébrant leurs « exploits », rien ne les empêche, demain, de rediriger le trafic d’utilisateurs vers des sites malveillants utilisant des méthodes avancés de phishing ou de cross scripting. Et là, l’attaque pourrait être extrêmement dommageable pour les utilisateurs des services de la société visée.
Il existe deux contre-mesures simples pour éviter ce genre d’attaque :
Tout d’abord, et c’est l’évidence même, restreindre au maximum le nombre de personnes ayant connaissance des identifiants permettant de faire une quelconque modification. Et sensibiliser ceux-ci sur les méthodes utilisées par les pirates pour essayer de s’emparer desdits identifiants.
Une autre mesure est bien sûr de choisir avec soin son registrar : Il est plus facile d’opérer à un détournement de DNS lorsque le nom de domaine est géré par une grosse société ne pouvant se permettre de contrôler une par une chaque modification de DNS. Evidemment, passer par les services d’une société effectuant systématiquement de telles vérifications, comme le fait IP Twins, a un coût. Reste à voir pour les grandes sociétés si celui-ci n’est pas grandement inférieur au cout d’une attaque de type DNS hijacking.
Adrien PALUMBO